Lebos - décembre 2017

lesbos_mustapha eryngium_campestre mythimna argos hyocyamus paracentrotus-lividus eryngium_maritimum urginea-maritima carthamus-1 graine_carthamus sarcopoterium_spinosum escalere5 escalere12 escalere12

Moustapha, Mytilène
Théophraste né à Lesbos, élève d'Aristote est l'auteur du plus ancien traité de botanique.
Il est une sorte de guide pour moi pendant ce voyage.
L'autre guide est Mustapha, qui enterre les morts au milieu des oliviers, selon le rite musulman.
Certains ont un nom, d'autres sont sans identité.

Eryngium campestre L., Apiacea
Les botanistes identifient les plantes, trouvent leur famille, leur donnent un nom, les regroupent.
Je pense à cela quand je pense à ce séjour à Lesbos. Je pense à ces gens sans nom quand j'essaie de trouver celui d'un chardon sec, quand je me retrouve au milieu d'un champ de plantes épineuses dont je ne connais pas les espèces, dont je ne peux différencier les genres.
Des plantent qui piquent, qui blessent la main qui veut les cueillir.

Le voici ce champ de plantes épineuses. Je commence à en reconnaître quelques-unes. C'est à Mithymna, sous le petit cimetière. Ça s'étend jusqu'à la mer plus bas après les arbres sur la gauche.
Les derniers rayons de soleil éclairent par touches certaines parties du paysage. Une lumière dorée.
C'est là aussi que j'ai ramassé le crâne de chien.

Argos, le chien d'Ulysse, à Mithymna
A son retour chez lui après 20 d'absence Ulysse est reconnu immédiatement par son fidèle chien Argos. C'est le seul à le reconaître.
Ici un jeune homme en plan américain.
Une lumière à la Georges de La Tour faite à la lampe de poche de deux iphone.

Hyoscyamus albus L., Solanaceae - plante et graine
Il me semble ne rencontrer que des plantes dangereuses, comme celle-ci, avec ces mignonnes clochettes, la Jusquiame, toxique. L'origine grecque de son nom signifie fève de porc. Une allusion à l'épisode de l'Odyssée dans lequel la magicienne Circé transforme les compagnons d'Ulysse en pourceaux, en leur faisant boire un philtre contenant de la Jusquiame.
La graine agrandie ressemble à la carapace d'un animal préhistorique.

Paracentrotus lividus (Lamarck, 1816), Parechinidae
D'autres sortes d'épines. Un oursin violet.

Eryngium maritimum L., Apiacea
On l'appelle aussi chardon bleu ou panicaut des dunes. On le dirait sorti des armoiries d'un chevalier du Moyen-Age.
Les plantes se déplacent elles aussi. On le trouve le long des côtes françaises, d'ailleurs c'est l'emblème du Conservatoire du littoral.

Urginea maritima L. ou Scilla maritima L., Liliaceae
Une plante elle qui ne pousse que sur les bord de la méditerranée.
Une main qui tient les feuilles comme un magicien tiendrait les oreilles d'un lapin qu'il sort de son chapeau.
Le bulbe ramassé sur une colline aux environs de Mytilène essaie maintenant de pousser dans un jardin sur une petite île dans l'Antlantique. Le voyage des plantes.

Carthamus lanatus L., Asteraceae
C'est grâce à la graine agrandie, pour être précis l'akène, le fruit à graine unique qu'on peut identifier sans hésitation la plante.
Qu'on peut dire que c'est un Carthamus lanatus, un carthame laineux et pas autre chose.
On lui retrouve sa famille. Car la plante seule de surcroit sèche se confond avec d'autres de ce fameux champ épineux.
Un élément pour identifier avec certitude.

Carthamus lanatus L., Asteraceae - akène
Cela ressemble à un petit casque attaché à une collerette. Presque une coiffe amérindienne d'un musée d'ethnographie.
J'ai appris que cette collerette, s'appelle un pappus, c'est le duvet des chardons et des pissenlits

Sarcopoterium spinosum (L.) Spach, Rosaceae
On dirait une miniature de buisson. Il a des épines lui-aussi, grandes, formant comme un maillage géométrique. De minuscules feuilles persistantes, vert foncé, des miniatures de feuilles. Il est partout dans le maquis grec qu'on appelle Phrygana. Par ce mot Théophraste désignait les petits arbres épineux. Ils sont touffus, arrondis, des plantes-hérissons. Ils offrent protections aux orchidées sauvages qui poussent parmi eux.

Onopordum, Asteraceae - akène (genre à définir)
C'est l'akène qui a permis d'identifier aussi cette plante, mais contrairement à celui du Carthame il est moins typique. Il nous a permis de dire qu'il s'agit d'un Onopordum, mais pas précisément duquel. Il manque des éléments pour l'identification.

Onopordum, Asteraceae
Ce sont deux fleurs d'Onopordum que j'ai cueillies vers la grille d'entrée du champs d'oliviers du cimetière musulman.
Je n'arrivais pas à partir sans prendre quelque chose avec moi de cet endroit.

En cherchant le mot adéquat pour exprimer le sentiment de ce moment-là j'ai trouvé «ressouvenance». Ce mot désigne aussi un petit morceau de papier que l'on accrochait sur la manche de son habit afin que sa vue rappelle une chose qu'on craint d'oublier.
Ressouvenance est le mot qui convient.

Travail effectué dans le cadre du programme de recherche Le Petit Tour 2 - Grèce.
Lesbos en décembre 2017 et Athènes en avril-mai 2018
http://lepetittourgrece.fr/

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